Donald Trump, un Twitter addict… comme les autres ?

L’usage immodéré de Twitter par l’homme le plus puissant du monde n’en finit pas de surprendre, inquiéter ou exaspérer. Au point d’avoir bouleversé la fonction présidentielle américaine et pulvérisé les usages diplomatiques. Les journalistes du New York Times se sont livrés à un passionnant travail de fourmi : analyser les plus de 11.000 tweets expédiés par Donald Trump depuis son arrivée fracassante à la Maison Blanche. Un décryptage avec statistiques et graphiques à la clef, riche en enseignements.

Il en ressort une idée simple mais forte : le président américain n’est-il pas finalement un adepte de Twitter comme les autres ? Son utilisation jugée unanimement compulsive et déplacée n’est-elle pas représentative de l’usage des réseaux sociaux en général ? Illustration en 11 points :

1 – Il tweete dès le matin de bonne heure. Ce rituel donne le coup d’envoi de sa journée.

2 – Son addiction s’est rapidement accentuée avec le temps. En 2 ans, il a triplé le nombre de messages postés quotidiennement (une trentaine !)

3 – Ses messages sont émaillés de fautes d’orthographe et d’outrages à la grammaire. Et cela lui importe peu.

4 – Moins d’un cinquième de ses followers partagent ses positions et sont des partisans. L’immense majorité sont guidés par la curiosité ou la « fierté » de suivre un homme important.

5 – Il recherche les « like » à tout prix. Il considère qu’une cascade de like légitime sa personne et ses actions.

6 – Il contemple avec fierté son armée de followers : 66 millions. Et tant pis si beaucoup sont des fakes, des profils anonymes ou des bots. Seul le nombre compte.

7 – Il utilise le réseau social pour se mettre en scène et s’auto-célébrer. Il chante ses louanges dans 20% de ses tweets.

8 – Il utilise le réseau social pour se plaindre et régler ses comptes. La moitié de sa prose attaque ses ennemis ou détracteurs.

9 – Il préfère les messages les plus incendiaires. Fonction présidentielle oblige, ses messages sont préparés par ses conseillers, mais il n’hésite pas à choisir les versions les plus « trash », voire à forcer encore davantage le trait.

10- Il tweete et retweete sans vérifier le sérieux et l’authenticité des informations. Ce n’est pas la recherche de la vérité qui l’anime, c’est l’expression de “sa” vérité.

11 – Il use et abuse de Twitter tout en dénonçant régulièrement la manière dont les réseaux sociaux le traitent.

En résumé, Donald Trump nous afflige avec ses tweets avant tout parce qu’il est président des Etats-Unis. Sa pratique des réseaux sociaux nous scandalise car elle heurte l’image que l’on a de sa fonction.

Pour le reste, sa manière d’utiliser Twitter est plutôt représentative de notre époque. Beaucoup d’adeptes des réseaux sociaux tweetent à haut débit de la même manière que le président des Etats-Unis. Et inversement.

Affaire Dupont de Ligonnès : Les médias en mode com de crise

Le stupéfiant raté de la presse française sur l’affaire Dupont de Ligonnès place les médias face aux cruelles contraintes de la communication de crise. Et à un passage obligé par l’examen de conscience. Et comme bien des entreprises, les groupes de presse ne sont ni habitués, ni préparés à ce périlleux exercice.

Lorsqu’une entreprise traverse une crise suite à une grave erreur liée directement à son activité, les journalistes racontent, enquêtent, souvent accusent, dénoncent, pointent les fautes, les incompétences, réclament des comptes. Bref, ils ne font pas de cadeaux. Et c’est leur devoir. Cette fois, ce sont eux qui sont entraînés dans un naufrage collectif. Car la rocambolesque et fausse nouvelle de l’arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès est grave, pour au moins 4 raisons :

1 – Elle concerne une affaire sensible qui, on le sait, est propice depuis des années aux fausses pistes et témoignages douteux. A ce titre, cet énorme raté est difficile à comprendre.

2 – Elle frappe tous les médias, et notamment ceux qui gardaient encore une certaine réputation de sérieux : Le Parisien, qui a dévoilé le faux scoop en premier, l’Agence France Presse, qui a rapidement suivi et entraîné avec elle tous ses abonnés… Et au final, tous les médias, chaînes d’infos en continu notamment, ont amplifié le mouvement, massivement et sans réserve, pendant de longues heures.

3 – Elle intervient dans une époque où la suspicion est de mise, et la méfiance impérieuse face aux tombereaux de hoaxes et de fake news, nourris et amplifiés par les réseaux sociaux. Dans ce contexte, la presse dite “sérieuse” pouvait mettre en avant son rôle de défenseur d’une certaine vérité, d’une certaine qualité de l’information. Voilà qui va être plus compliqué désormais, au moins à court terme.

4 – Sondage après sondage, les Français expriment depuis bien longtemps leur méfiance envers les médias, leur manque de confiance envers les journalistes et leurs critiques dans le traitement de l’information. Cela risque de ne pas s’arranger.

En clair, le crash médiatique de ce samedi matin est une crise majeure car il décrédibilise de nombreuses entreprises de presse et l’ensemble d’une profession.

Comme toutes les entreprises qui traversent une crise, les groupes de presse vont devoir très rapidement (et dans l’ordre) : présenter leurs excuses à leurs clients (lecteurs, auditeurs et téléspectateurs), s’expliquer avec transparence sur les raisons de cette énorme bévue et agir réellement pour qu’un tel désastre ne se reproduise plus. Avec un objectif : bien gérer ce moment délicat pour qu’il ne s’éternise pas et, surtout, qu’il ne s’enracine pas dans les mémoires.

Un déroulé bien difficile à mettre en œuvre. Côté excuses, certains comme le Courrier Picard ont rapidement fait un mea-culpa appuyé. D’autres – à l’image du Parisien, en première ligne dans cette déroute – ont commencé à donner quelques explications… Pas sûr que ce soit suffisant pour tarir les cascades de commentaires affligés, railleurs ou scandalisés. Le retour de la confiance va prendre du temps.

Pourquoi la prise de parole devrait être enseignée à l’école

Régulièrement, une vidéo de prise de parole inspirante est partagée en masse sur les réseaux sociaux. Bien souvent, elle nous vient des Etats-Unis.

La dernière en date, celle de Megan Rapinoe, la star de l’équipe féminine américaine de football sacrée championne du monde, fait encore le buzz une semaine après.

Nous envions l’aisance à l’oral de nos amis anglo-saxons, en particulier outre-Atlantique. Qu’ils soient chefs d’entreprise, sportifs, artistes, ils montrent bien souvent une facilité et un certain talent pour s’exprimer en public. Ce n’est pas un hasard: leur système éducatif laisse une large place à l’apprentissage et l’entraînement à la prise de parole. Exposés avec ou sans notes dès les petites classes, multiplication des événements solennels (fêtes de fin d’année, remises de diplômes), participation à d’innombrables “debate clubs”… les occasions sont nombreuses, outre-Atlantique, pour développer cette compétence si précieuse par la suite, dans la vie professionnelle comme personnelle.

Alors oui, comme le rappelait récemment Les Echos, il est grand temps de s’inspirer de cette “tradition” et de faire un peu plus de place, dans nos écoles primaires, à l’enseignement de la prise de parole en public. Du moins au-delà de la récitation ânonnée les mains dans le dos. Pour que les écoliers français ne découvrent plus les difficultés des oraux à fort enjeux au moment de passer leurs examens, et seulement à ce moment là…

Les Echos – Pourquoi-il-faut-enseigner-la-prise-de-parole-en-public

Nouvel impératif pour les entreprises : intégrer le phénomène #MeToo

Le monde de l’entreprise, comme d’autres juste avant lui, doit faire face à la nouvelle donne imposée par le mouvement #MeToo. Ce mouvement, qui existe en pointillé depuis plus de 10 ans, s’est changé en brusque lame de fond depuis le scandale Weinstein, l’an dernier outre-Atlantique. A l’instar d’Hollywood, puis de l’ensemble du monde artistique, médiatique et politique, les entreprises se retrouvent challengées sur cette question et doivent traiter avec une nouvelle urgence les risques de scandales en interne, d’affaires de harcèlements (moral ou sexuel), de discriminations ou de management oppressif. Des questions sur lesquelles la société dans son ensemble évolue et réclame désormais des comptes. L’équipementier Nike vient d’en faire l’expérience et doit gérer, outre des démissions de cadres dirigeants en cascade, une polémique à rebours de ses valeurs affichées et alimentée par des articles de presse ravageurs en matière d’image. Le phénomène est sociétal, global et concerne désormais toute entreprise, organisation, institution. Pour ne parler que de l’actualité de ces derniers jours, L’académie des prix Nobel se retrouve secouée par une affaire de harcèlement sexuel, entraînant le report d’un an de la remise du prix de Littérature, une première depuis 1943. Du côté des médias, le tournage de la 19e édition de Koh-Lanta vient d’être interrompu. L’émission phare de TF1 est annulée en catastrophe pour une affaire d’agression sexuelle dont les détails et rebondissements sont désormais distillés dans la presse au fil des jours.

Dans tous les secteurs d’activité, les entreprises se voient contraintes d’intégrer, et vite, le fait que les comportements douteux, voire scandaleux en interne, peuvent être étendus et exposés à tout moment sur la place publique. Et ce, sous les regards outrés d’un public devenu très sensible, prompt à réagir de manière épidermique face aux affaires de harcèlement sexuel, de comportements sexistes et machistes.

La tâche est immense et délicate. Comment parler en interne de ces sujets qui, il y a peu de temps encore, étaient tabous ou du moins trop souvent passés sous silence ? Comment intégrer cette nouvelle donne lors des recrutements et lors des formations, notamment des managers ? Selon quelles actions et en tenant quel discours ? Quelles procédures sont à revoir (où à mettre en place) lorsque des comportements douteux sont rapportés ou soupçonnés ? Il faut sensibiliser sans paraître suspicieux, rester vigilant sans surveiller à outrance et en respectant la présomption d’innocence. Un délicat numéro d’équilibriste qui sonne comme un défi à relever rapidement. Sur ces sujets, les bons élèves seront encensés en public et les cancres cloués au pilori. Bien plus vite que pour des questions de productivité, de parts de marché ou même de respect de l’environnement.

Comment s’habiller quand on passe à la TV ?

Le vilain buzz autour de la tenue de la députée des Yvelines Aurore Bergé sur le plateau de « Salut les Terriens » sur C8 samedi soir est l’occasion de livrer quelques préconisations quand on est invité à la télévision. Et, d’une manière générale, quand on participe à un événement un tant soit peu solennel.

Peut-on s’habiller comme on veut, avec une totale liberté, sans restriction ? Bien sûr que non. Et il ne s’agit pas ici d’une quelconque affaire de sexisme, d’archaïsme ou d’étroitesse d’esprit. Beaucoup avancent le respect de la fonction, que l’on soit responsable ou porte-parole d’un parti politique, d’une entreprise ou d’une association. C’est un argument massue, évident, brandi par exemple pour interdire aux députés de venir siéger au Palais Bourbon en maillot de foot. Mais, sur le plan de la communication, l’essentiel est ailleurs.

De manière très prosaïque, la raison fondamentale pour laquelle on doit adapter sa tenue à sa prise de parole, c’est tout simplement… que l’on doit soigner sa prise de parole et focaliser l’attention du public sur le contenu de son discours. L’important est le propos, le message que l’on souhaite faire passer. L’objectif est généralement de délivrer des éléments clairs, percutants, pertinents et facilement mémorisables. Le gros du travail est là. Nourrir l’intérêt sur le propos est autrement plus compliqué qu’attirer l’attention sur l’apparence. Tout élément susceptible de parasiter le discours, d’attirer l’attention sur autre chose que les messages essentiels à faire passer, est donc à proscrire. Il est impératif que le public retienne ce que vous avez à dire, bien plus que votre tenue vestimentaire, votre coiffure, vos accessoires. A moins bien sûr que votre apparence physique soit l’objet même de votre intervention, ce qui n’est tout de même pas le cas le plus fréquent.

Que choisir pour passer à la TV ? La préconisation est double :

– Il faut opter pour des vêtements dans lesquels on se sent bien, physiquement et psychologiquement. Il faut être à l’aise, donc éviter les tenues trop serrées, qui entravent la respiration ou la circulation sanguine. Mais il faut aussi aimer la tenue que l’on porte, se sentir un minimum« belle/beau » pour aller de l’avant et mieux incarner son discours.

– Il faut choisir des vêtements et accessoires plutôt simples, classiques et élégants, qui n’attireront pas le regard à outrance, et ne pollueront pas le discours. Si fantaisie il y a, elle doit être légère, discrète et correspondre à la personne que vous êtes.

L’affaire ne date pas de samedi soir sur C8. En son temps, bien avant internet et les réseaux sociaux, Bruno Masure avait choqué une partie de son public car il avait « osé » présenter le JT de 20 heures en polo. Antenne 2 avait reçu des milliers de lettres de téléspectateurs outrés. Réactions sans doute excessives mais depuis, les présentateurs officiant à la grand messe de l’info s’en sont scrupuleusement tenus au classique combo chemise-veste. En 2014, Anne-Claire Coudray avait provoqué l’émoi des téléspectateurs du JT de TF1 en apparaissant moulée dans une robe en cuir. La présentatrice avait volontiers admis un « mauvais choix de vêtement » et s’était excusée.

Il est impératif de garder à l’esprit que le public adore commenter, si possible de manière critique et acérée, la tenue vestimentaire et l’apparence physique de ceux qui « passent à la télé ». Cela fait partie du divertissement. La loupe ultra-grossissante des réseaux sociaux a simplement démultiplié le phénomène. Il faut donc agir en conséquence. A partir du moment où l’on intervient en public, on ne s’habille pas uniquement en fonction de soi mais en fonction du lieu, des circonstances et du public lui-même. Ce n’est pas toujours simple mais il s’agit de trouver le juste milieu entre la robe de bure boutonnée jusqu’au cou et le décolleté plongeant. Ou entre le smoking et le duo t-shirt – bermuda.

Twitter ou l’art d’ameuter pour le meilleur… et pour le pire

Si certains doutent encore du phénoménal pouvoir de médiatisation et de mobilisation de Twitter, l’actualité vient de fournir en 24 heures deux illustrations qui achèveront de les convaincre.

Le premier cas d’école est une jolie histoire, comme les médias en raffolent. Un jeune supporter de l’OM qui avait annoncé par un tweet son intention d’en finir avec l’existence a été sauvé in extremis grâce à une rapide et massive mobilisation générale via le réseau social. Le club de foot, quelques figures phocéennes, des journalistes touchés par le désespoir du jeune homme (lui-même étudiant en école de journalisme) et nombreux anonymes, près de 600 bonnes âmes au total, ont gazouillé assez fort pour que la police le prenne en charge et l’emmène à l’hôpital.

Ceux qui suivent l’actualité de près pourront observer qu’elle a tendance à radoter et que le suicide annoncé sur Twitter, et évité de justesse, n’est pas inédit, loin s’en faut. En avril 2017, un Niçois également supporter du prestigieux club local et pressé d’en finir avait déclenché la même mobilisation sur le réseau de microblogage. Avec le même dénouement heureux. Tout récemment encore, un Parisien a menacé de mettre fin à ses jours en sautant du dernier étage d’un immeuble. Là aussi, grâce à Twitter, la police a pu intervenir à temps.

Mais que dire de ces quasi-émeutes dans les supermarchés autour de quelques pots de Nutella ? L’histoire a amusé et affligé tous les médias et la France entière. On connaissait la ruée parfois musclée vers les rayons pour s’arracher les meilleures affaires à l’ouverture des soldes. On a moins l’habitude d’assister à une foire d’empoigne généralisée lors d’une opération de promo autour de l’icône des pâtes à tartiner. Là aussi, les scènes dignes d’une séquence pré-apocalyptique d’un film hollywoodien ont été provoquées par… un tweet. Car si l’opération menée par l’enseigne Intermarché a bien été médiatisée par voie de presse « classique », c’est le gazouillis d’une jeune fille annonçant la super promo qui a mis le feu aux poudres. Il a été partagé plus de 16 000 fois en quelques heures…

Twitter est bien un instrument de médiatisation massive, capable de mobiliser rapidement… et de manière incontrôlée. Avec parfois de belles histoires à la clef, mais aussi des conséquences imprévisibles et potentiellement dommageables. Dans la péripétie Nutella, ni l’enseigne aux Mousquetaires, ni la firme italienne Ferrero qui fabrique la pâte à tartiner best-seller ne sont sorties gagnantes de l’opération en matière d’image.

Convertir un bad buzz en belle histoire : la leçon italienne

Nos amis transalpins l’ont parfaitement compris : on peut être la risée du web aujourd’hui et susciter la sympathie demain. Comment ? Avec l’histoire du sapin de Noël de Rome. En alchimistes du web, les Italiens ont montré que l’on peut changer une mauvaise pub bien plombante en golden buzz. Le sapin en question a été la honte, la risée de la toile dans toute l’Italie et bien au-delà. Acheté au prix fort (48 000 euros) par la mairie de Rome, il devait trôner majestueusement sur la piazza Venezia. Mais bien avant Noël, l’arbre a montré de gros signes de faiblesse. Sa ramure s’est rapidement avachie et desséchée. Sur les réseaux sociaux, ce fut la curée. Moqué, raillé, affublé de tous les surnoms honteux (du genre « brosse à toilette »…), infortuné épicéa s’est retrouvé dans un premier temps la cible des commentaires les plus acerbes, certains y voyant un symbole en négatif de la « Ville Eternelle ». Une catastrophique opération pour la mairie de la Ville, elle aussi copieusement ciblée.

Et puis… la bile sur les réseaux sociaux s’est changée en miel. Certains internautes ont pris l’arbre en affection. Des groupes de supporters se sont créés, déversant des commentaires attendris sur leur mascotte, affectueusement baptisée « Spelacchio » (le « déplumé »). Une histoire digne du « vilain petit canard » en somme. Certes, le sapin déplumé ne se changera pas en arbre majestueux aux ramures luxuriantes. Mais il pourrait finir… dans les salles d’exposition du MAXXI, un musée d’art moderne au bord du Tibre. Une retraite dorée où il serait admiré après avoir été conspué. Et au pire, si le projet n’aboutit pas, le conseil municipal envisage de le transformer en maison de bois pour abriter les mères allaitant leur bébé. Voire le débiter en milliers de crayons pour les écoles municipales. Au service de l’art et de l’enfance, donc. Une histoire en forme de fable qui rappelle que les réseaux sociaux sont diablement mobilisateurs et implacables, mais aussi versatiles.

Soigner son e-réputation, tout un programme

Sur la toile, les réputations se font et se défont le temps de quelques clics. Dans le même temps, ce média de masse est devenu incontournable. A la clef, les entreprises, quelle que soit leur taille, n’ont pas d’autre alternative que d’utiliser le web non seulement pour communiquer, mais aussi pour défendre leur image. L’e-réputation est devenue un combat de tous les instants, dans lequel bien souvent les entreprises, notamment les TPE, rechignent à se lancer. Le manque de temps et de moyens est souvent invoqué. Qu’importe : surveiller sa réputation sur le net n’est pas une option, mais une nécessité.

Petit rappel : l’e-réputation est l’image globale que le grand public se forge d’une entreprise en fonction de toutes les traces laissées sur internet à son sujet. Et ces traces sont, il faut le répéter, indélébiles. Ces traces, sous forme d’écrits, de photos ou de vidéos, sont semées par différents acteurs :

  • L’entreprise elle-même puisqu’elle communique à travers le web.
  • Les concurrents de l’entreprise, qui eux aussi ont compris que la toile et les réseaux sociaux constituent une force de frappe en matière de communication.
  • Les salariés de l’entreprise à tous les niveaux. Ils apportent leur pierre à l’édifice de l’e-réputation notamment à travers les blogs et les réseaux sociaux. Gardez à l’esprit que les salariés présents sur les réseaux professionnels (Viadeo, LinkedIn…) valorisent leur profil en fournissant de nombreuses informations sur l’entreprise dans laquelle ils travaillent… et dans laquelle ils ont travaillé auparavant. Ajoutons ici aussi les syndicats, qui communiquent et agissent sur internet en qualité de leader d’opinion.
  • Les clients et consommateurs, prompts à donner leur avis et rédiger des commentaires… N’oubliez pas qu’ils le font surtout s’ils sont déçus ou en colère. Fustiger les trains qui arrivent en retard plutôt qu’encenser ceux qui arrivent à l’heure n’est pas l’apanage des journalistes.
  • Les médias, bien entendu, à travers leurs portails ou leurs sites web. Nombre de journalistes ont par ailleurs leur blog, leur page Facebook et/ou leur compte Twitter.
  • Les organismes, collectivités, associations… ces divers acteurs qui, des chambres de commerces aux ministères, des mairies aux formations politiques, peuvent citer une entreprise en exemple.

Soigner votre e-réputation nécessite donc d’agir :

– En interne, en sensibilisant par exemple les salariés à  l’impact que peut avoir leur usage de la toile et des réseaux sociaux sur l’image de l’entreprise.

– En externe, en soignant votre communication sur le web et en surveillant ce qui se dit sur vous. Des outils tels que google.alert ou le moteur de recherche spyple.com peuvent vous aider.

N’oubliez pas que nombre de crises naissent et prospèrent sur le web et les réseaux sociaux (fuites d’informations, de documents compromettants, dérapages verbaux…) . Assurer une veille efficace permet de mieux débusquer une crise naissante et d’y faire face sans perdre de temps.

Twitter : attention à l’effet papillon

Petit gazouillis, gros effet. Chaque jour ou presque, un tweet maladroit ou malveillant se retrouve repris dans les médias. Son auteur se retrouvé raillé, critiqué ou discrédité pour son dérapage, mais aussi pour son utilisation irréfléchie ou naïve de Twitter. Ce système de microblogage en temps réel, au succès fulgurant – on le dit en passe d’égaler Facebook – est devenu une mine d’informations croustillantes ou insolites pour les médias, qui suivent avec attention la nébuleuse des gazouillis des personnalités. Il s’agit bien souvent de politiques (si la première dame de France a popularisé le tweet dévastateur, elle n’est pas la seule, loin de là), mais également d’artistes, sportifs, acteurs du monde économique et des entreprises…

Il ne faut jamais négliger les possibles conséquences médiatiques de ces 140 caractères tapés plus ou moins vite sur un smartphone.

Déjà, en 2011, un événement avait illustré le chaos provoqué à l’autre bout de la planète, non par le battement d’ailes d’un papillon, mais par un gazouillis sur Twitter.

Mardi 22 février à Montréal. Un blogueur attend son capuccino dans une boutique Nespresso. Au bout de 30 mn, agacé, il envoie un tweet un peu rageur au compte Twitter canadien de Nespresso : « Trente minutes d’attente, et des gens arrivés après moi sont servis avant moi à votre boutique de Montréal, plutôt furieux ». Puis il va se plaindre au comptoir, et finit par obtenir son café et deux macarons, offerts gracieusement pour compenser le désagrément. Un peu plus tard, le serveur qui avait oublié la commande s’approche de lui et l’informe qu’il risque de perdre son travail. En effet, le tweet bougon a été lu au siège de Nespresso en Suisse, qui a appelé la boutique de Montréal pour demander des explications.

Voilà comment un petit texte pianoté et expédié par un vecteur de communication ultra-moderne parcourt le globe et provoque une onde de choc sur un individu. Et ce, parce que deux personnes dans la même pièce n’ont pas été capables de simplement se parler.

Mais l’histoire n’est pas terminée. Etonné par le retentissement de son tweet, le client relate l’événement sur son blog… De ce fait, il intéresse les médias, qui racontent son histoire irrésistible. En France, le site Rue89 raconte ainsi comment « chez Nespresso, un avis négatif sur Twitter peut vous faire virer ». Les réactions des internautes pleuvent. Ils sont outrés par l’attitude du blogueur, accusé de jouer les délateurs avec son smartphone pour préserver son confort personnel. Sur les centaines de commentaires qui tombent en quelques heures, la majorité sont très critiques, certains carrément haineux. Voici le blogueur sonné lui aussi par l’onde de choc de son propre tweet.

L’histoire n’est toujours pas terminée. Nespresso, de sites d’infos en chroniques radio, se retrouve accusé d’utiliser Twitter pour fliquer ces employés et les mettre à la porte au moindre écart. La réaction du groupe helvétique est immédiate. Sa filiale américaine publie un message sur Twitter et sur les sites d’infos du net, informant le public que Nicolas, le serveur incriminé, n’a pas été licencié et accueille toujours le public dans la boutique Nespresso de Montréal.

Morales de cette histoire :

1 – Les conséquences de quelques mots pianotés sur un smartphone peuvent être immenses, pour un individu comme pour une entreprise.

2 – Les médias adorent les tweets et pour cause : ils sont autant de petites – et parfois grosses – histoires à raconter.

3 – Un simple message pouvant porter les germes d’une crise, il faut réagir vite, en utilisant les mêmes canaux de communication.

L’entreprise face aux « experts-amateurs » du net

Les journalistes ne savent pas tout. Surtout, ils ne sont pas les seuls à révéler, décortiquer, analyser, commenter les activités d’une entreprise. Les « experts-amateurs » du web représentent un monde de l’info à part entière, une sorte de média à eux tous seuls, sans doute pas assez lu et surveillé par les chefs d’entreprise et décideurs. Qui sont-ils, ces experts-amateurs ? Simplement les passionnés d’un sujet qui se retrouvent sur les blogs et forums pour partager leur centre d’intérêt et en commenter toute l’actualité. Les échanges incessants d’informations, sous toutes leurs formes, entre passionnés transforment ces blogs et forums en clubs de spécialistes extrêmement bien informés et souvent très pointilleux. Rares sont les données qui leur échappent, et toute bribe d’information, officielle ou officieuse, y est relayée, commentée, décortiquée.

Prenons un exemple : le secteur du BTP et les thèmes de l’architecture et de l’urbanisme. Les passionnés d’aménagement urbain, de chantiers, de bâtiments, ont à leur disposition plusieurs forums extrêmement riches, tels que Paris Skyscrapers (pss-archi.eu) ou SkyscraperCity (skyscrapercity.com). Ils se composent d’innombrables sujets de discussions (threads) répartis en une myriades de thèmes (immeubles de grande hauteur, infrastructures, transports….) concernant toute la France (divisions par régions), le monde entier (espaces dédiés aux métropoles européennes, aux différents continents). En clair, le moindre projet architectural, le moindre aménagement urbain d’envergure est suivi jour après jour. Toutes les photos et vidéos possibles et imaginables dénichées sur la toile (présentation des projets, rendus, dessins…) sont postées. Certains forumers étant des spécialistes, des architectes, voire des employés des sociétés de BTP, on peut retrouver dans les discussions des plans, des photos de maquettes, des bruits de couloirs. Le moindre chantier visuellement intéressant est photographié. Les passionnés ne comptant pas leur temps, des membres se rendent aux réunions publiques, aux visites de chantiers et en font un compte-rendu circonstancié. Ils passent très régulièrement sur les chantiers pour mitrailler le montage d’une grue, l’arrivée d’une grignoteuse, l’installation de barrières ou d’Algeco, le coulage d’une chape de béton, l’édification de chaque étage, la pose d’une façade…

Les passionnés font preuve d’un souci du détail quasi-chirurgical. Un retard dans le projet ? Une association qui s’oppose à un chantier ? Le moindre grain dans l’engrenage est relayé, expliqué, commenté. Tous les cabinets d’architectes concernés et toutes les entreprises du secteur (Bouygues, Vinci, Eiffage…) sont citées à maintes reprises, les intentions des unes et des autres n’ayant aucun secret ou presque. Les réussites et les échecs de ses sociétés y sont disséqués, de même que les succès (appel d’offres remportés…), les turbulences qu’elles traversent ou les rumeurs qui y circulent.

Bien sûr, sont relayés sur ces forums la moindre coupure de presse, le moindre entrefilet évoquant l’actualité d’un projet ou d’un chantier. Accompagnés de nombreux commentaires, correctifs et critiques, tant ces passionnés sont sur-informés et sur-spécialisés par rapport aux journalistes. Et pour cause : là où le journaliste est seul, et souvent non-spécialiste d’un sujet en particulier, les forumers sont très nombreux et passionnés. En outre, les informations sont repérables sur les forums avant que les médias n’en parlent pour une autre raison : la presse se doit de recouper et vérifier les informations qu’elle divulgue. Des précautions déontologiques qui prennent du temps et dont les forumers font volontiers l’économie.

Il faut souligner ici deux éléments qui participent grandement à la richesse de ces sites internet de passionnés :

– Les membres tiennent à leur forum et veulent le voir prospérer. Leur objectif est simple : trouver des informations quotidiennement.

– L’apport d’information nouvelle est valorisant. Comme dans tout forum, certains membres sont particulièrement informés. Ils alimentent le site par des centaines de posts et bénéficient d’une certaine crédibilité et respectabilité. Ils sont un peu un exemple à suivre et au final, la chasse aux infos fait l’objet d’une vraie émulation.

A travers cet exemple, on peut mesurer la richesse d’internet et son dynamisme. On peut mesurer l’intérêt aussi, pour toute entreprise qui veut réaliser une veille médiatique efficace, d’aller voir régulièrement du côté de ces forums de spécialistes.